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L'Homme du large (Marcel L'Herbier, 1920)

 

 

Belle programmation pour les amoureux du cinéma muet avec L'Homme du large de Marcel L'Herbier (1920) d'après le roman d' Honoré de Balzac, Un drame au bord de la mer. Une production Gaumont sur un scénario de Marcel L'Herbier lui-même, avec Jaque- Catelain, Roger Karl, Marcelle Pradot, Claire Prélia, Charles Boyer et Philippe Hériot (tous deux signant leurs débuts au cinéma). Les extérieurs ont été tournés en Bretagne.
Marcel l'Herbier: " J'ai voulu prendre un élément naturel comme protagoniste, et cet élément c'est la mer, la mer bretonne avec ses tempêtes, ses étendues d'immensité.Je pensais que le cinéma était capable beaucoup mieux que n'importe quel autre art de montrer cette tragédie de l'attente qu'il y a dans les eaux toujours mobiles, toujoures remuées. Et les deux personnages principaux, le père et le fils, sont tout au long du drame en relation constante et directe avec la mer, puisque le père, un pêcheur, n'aime que la vie de marin, et que le fils, un pêcheur, est un garçon, un peu dévoyé attiré par l'existence trouble de la ville".


Henri Langlois : " L'homme du large n'est pas la narration de faits expliqués et reliés par des sous-titres, mais une succession d'images dont le message a la valeur d'une idée : d'idéogrammes. On peut lire ce film image par image, comme on lit les hiéroglyphes, comme on lit un texte chinois, et si ce film nous semble d'un symbolisme facile, si les acteurs se tournent face à la mer les bras croisés, si la Bretagne nous apparaît comme une Bretagne en terre cuite et d'objets souvenirs, si nous sommes dans un monde aussi éloigné de la réalité du vingtième siècle, c'est que ce film n'est rien d'autre qu'une succession de signes qu'il fallait rendre évidents (…). Les sous-titres ne viennent pas prendre la place d'une image, pour dire en quelques phrases ce qui semblait inexprimable. Ils se superposent à l'image comme pour en souligner le sens, comme, dans les vocabulaires, les mots qui sont soulignés d'une image pour frapper la mémoire. Mais ici, le mot, c'est l'image du film, l'image destinée à le fixer dans notre souvenir" (propos cités par Noël Burch dans son ouvrage sur Marcel L'Herbier, éditions Seghers, 1973).